|
There are no translations available.
Cet article est la version complète d'un condensé paru dans le numéro de juin/juillet 2011 de CAmagazine. Il représente extrêmement bien la présente situation vécue à travers le pays en lien avec le programme de crédits d'impôt à la R&D. Merci et félicitations aux auteurs.
Le programme de la RS&DE et ses écueils
Au cours des cinq dernières années, l'ARC a resserré ses opinions sur l'admissibilité des activités de RS&DE. Est-ce justifié et que peut-on faire?
Par David R. Hearn, A. Christina Tari and Peter M. Weissman
Les règles du régime fiscal canadien sur la recherche et le développement ne sont pas aussi vieilles que CAmagazine, mais elles remontent à plus de 60 ans, soit 1948. Quoiqu'elles aient toujours ciblé la recherche scientifique, elles ont été élargies en 1985 de façon à couvrir le «développement expérimental» -- ce qui a donné l'acronyme RS&DE. En 1994, le gouvernement a de nouveau renforcé la définition de développement expérimental, réaffirmant ainsi son soutien à la R&D industrielle visant l'élaboration de nouveaux produits et procédés.
Vu la volonté apparente du gouvernement d'encourager la R&D au Canada, il est décourageant de voir combien l'ARC a pu modifier ses opinions sur l'admissibilité des activités de RS&DE au fil des ans, sans qu'aucun changement important n'ait été apporté à la législation à l'appui. Peter Weissman, co-auteur du présent article, avait déjà traité du problème dans les années 1990 (voir «Une mer de demandes», septembre 1997, p. 28). Or, le problème se pose à nouveau aujourd'hui.
Mais qu'est-ce qui explique cette tendance? L'ARC a-t-elle changé ses politiques sur l'admissibilité des activités de RS&DE? Si oui, la législation reflète-elle ces changements? Si non, quelle est la meilleure façon d'obtenir un redressement?
Le contexte politique Le gouvernement fédéral doit trouver un juste équilibre entre des objectifs concurrentiels (voire conflictuels) dans sa politique de développement économique pour la science et la technologie. Il doit offrir un stimulant mondialement concurrentiel sous forme de crédit d'impôt à la R&D. Cela exige et des taux de crédit plus élevés et des mesures législatives assez souples pour qu'il puisse atteindre une vaste gamme d'objectifs politiques. Il doit aussi contrôler les déboursés réels liés au crédit d'impôt pour limiter les coûts. Parallèlement, il doit se protéger contre ce qui semble être une explosion de demandes abusives.
Depuis quatre ans, la limitation des coûts et le contrôle des abus semblent l'emporter. Cette situation s'explique peut-être par les mesures contenues dans les budgets fédéraux de 2008 et 2009 qui ont eu pour effet d'augmenter les remboursements pour les SPCC admissibles. Mais ce pourrait aussi être que le gouvernement doit compenser les pertes de recettes fiscales attribuables, entre autres, à la récession. Nous croyons qu'un grand nombre des problèmes actuels du programme de RS&DE découle des tentatives du gouvernement de réduire (ou au moins limiter) les avantages au seul moyen de politiques administratives, et d'éviter ainsi tout resserrement effectif de la législation. Cela risque de diminuer l'attrait du Canada comme pays où effectuer des activités de RS&DE pour la communauté d'affaires internationale.
Le programme de RS&DE est-il dysfonctionnel? Tout indique que les contribuables et le gouvernement estiment que le programme de RS&DE est dysfonctionnel. En septembre 2009, on a demandé à l'ombudsman des contribuables, Paul Dubé, d'enquêter sur la façon dont l'ARC gérait le programme. La publication de son rapport a été reportée trois fois, mais il aurait déclaré l'automne dernier dans un quotidien que l'industrie avait soulevé un grand nombre de plaintes qu'il devait soumettre à l'attention de l'ARC.
En octobre 2010, le gouvernement a mis sur pied un groupe de six experts de la RS&DE, dirigé par Tom Jenkins, président d'Open Text, qu'il a chargé de revoir les retombées économiques de tout le financement public de la R&D, incluant la RS&DE.
Ces derniers mois, plusieurs associations ont exprimé leur insatisfaction à l'égard du programme. Ainsi, en février 2011, Manufacturiers et exportateurs du Canada (MEC) a indiqué, dans un mémoire au groupe d'experts, que les problèmes liés à l'administration du régime de la RS&DE découlent, entre autres, de l'incertitude qui entoure l'admissibilité, de définitions plus strictes qui excluent de nombreuses activités précédemment admissibles, de l'absence d'expertise technique, des longs délais de traitement et du peu de soutien offert aux «clients».
L'Alliance canadienne pour les technologies avancées (CATA), qui compte plus de 28 000 membres, a soumis un mémoire semblable au groupe d'experts, mais ses critiques sont plus virulentes. Elle souligne que ses membres s'inquiètent de ce qu'ils perçoivent comme une interprétation très restrictive de l'admissibilité des activités de RS&DE et des méthodes inefficaces et négatives d'évaluation de l'admissibilité qui ont eu pour effet de réduire considérablement les crédits auparavant disponibles.
Voici ce qu'on pouvait lire, en avril 2011, au sujet de la RS&DE dans le rapport de la Chambre de commerce du Canada, «Élection 2011 : Stratégie des entreprises canadiennes» : «Malheureusement, l'administration du programme – qui empêche les crédits d'impôt d'être dispensés d'une manière prévisible, opportune et rentable – est une source de frustration pour les entreprises. En outre, l'interprétation étroite de l'ARC concernant les dépenses qui sont appuyées et la façon de documenter les demandes de crédit n'a rien de l'incitatif à grande échelle envisagé.»
Définition de l'admissibilité L'ARC a publié beaucoup de lignes directrices, politiques administratives et bulletins d'interprétation pour aider les contribuables à mieux comprendre les règles sur la RS&DE. Or, ces publications sont simplement des énoncés de politiques administratives, sans plus.
C'est plutôt dans la Loi de l'impôt sur le revenu que l'on trouve la définition de la RS&DE, qui n'a pas vraiment changé depuis 1995 alors que le délai de 18 mois y était instauré et d'autres modifications apportées. Le défi qui se pose aujourd'hui est de suivre la définition changeante que donne l'ARC aux activités admissibles.
En dernier ressort, ce sont les tribunaux fiscaux du Canada qui décident de l'interprétation de la loi. Trois jugements importants ont été prononcés sur la définition de la RS&DE : Northwest Hydraulic Consultants Ltd. et C.W. Agencies Inc., par la Cour canadienne de l'impôt (CCI) en 1997 et 2000, respectivement, et Rainbow Pipe Line Company, Ltd., par la CCI en 1999 et la Cour d'appel fédérale en 2002. Pas plus que le libellé de la loi n'a changé de façon importante, aucun de ces jugements ne peut justifier le resserrement actuel par l'ARC de la définition des activités de RS&DE admissibles.
|